Pages Menu
TwitterFacebook
Categories Menu

Posted by on 20 Juil 2012 in News, Séjour Juillet 2012

Notre première semaine d’aventure haïtienne

Notre première semaine d’aventure haïtienne, chacun des voyageurs la qualifiait ainsi: une semaine sans montre (selon la Duscheiss Nadia), pleine de sourires (selon la Baronne Virginie de Thier), sueur (François), chaleur dans les corps et dans les cœurs (Alberte), attentes (Bernadette), découvertes (Jackeline), rencontres (Christiane), piqûres de moustiques et de fourmis (Pierre), tempêtes (Mike), recherche (d’une douche) (Tibault), cool attitude (Jéjé), évolution positive dans le pays (Pierre-Dominique).

Aujourd’hui, jeudi 19 juillet, ce micro-trottoir apporterait sans doute d’autres réponses, car depuis quatre jours, nous sommes au cœur de l’action: les animations de 150 enfants le matin (patronage) et plus de 200 jeunes l’après-midi (centre juvénile) ont commencé. Et ça n’est pas rien en terme d’organisation: les activités, les horaires, les repas, la vaisselle… tout s’enchaîne de mieux en mieux.

Vendredi 13, nous avions préchauffé les animateurs haïtiens avec une formation signée Jéjé pour la gestion de groupe, les chants et les petits jeux et Bernadette pour les bricolages. Ca s’annonçait bien: des animateurs locaux comme Djokono, Rodolphe ou Isidore assurent. Au matin, un petit tour au marché a fait du bien à ceux qui avaient envie de voir la réalité haïtienne hors des murs de la DBtec.

Samedi 14. Jour de fête pour les amateurs de catéchèse. Plus de trois heures d’homélie par l’abbé Musset (qui a la gouaille d’un pasteur évangélique) sur le message chrétien que les animateurs doivent transmettre chaque jour aux animés via cette phrase-clé qu’on connait par cœur en créole : « Pandan vakans sa a an nou swiv Granmèt la pou n ka gen lavi », soit « Pendant les vacances, on suit le Seigneur pour gagner sa vie ».

Bernadette et Jackeline commencent le ponçage des tableaux de la classe d’Alberte. Elles en sont sorties toutes vertes. Pour la suite de l’opération, Bernadette Mc Gyver a fabriqué un rouleau de peinture artisanalement : quatre petits boîtes rondes en carton collées les unes aux autres avec de la toile isolante forment un cylindre qu’elle a recouvert de mousse et percé avec une cheville et des vis. Des bois de moustiquaire font office de manche. « Quand on veut, on peut! » glisse, admirative, Christiane.

Après-midi en deux groupes: pour les uns, visite d’une entreprise de pisciculture à Fort-Liberté. Sur un terrain de l’évêché, 50 bassins ont été creusés: on y trouve des tilapias, des carpes et des brochets. Grâce à ça, douze personnes ont un emploi et le prix du poisson est plus raisonnable qu’ailleurs dans la région de Fort-Liberté. Une belle découverte et un chouette voyage en moto-taxi (trois ou quatre par moto!) pour s’y rendre.

Pour les autres, expédition à Cap haïtien (à une heure de route) pour acheter du matériel de musique (sono et batterie) qui coûte plus cher qu’en Belgique. Les négociations s’éternisent. Le Père Sonel les interrompt pour aller manger un spaghetti poulet ou un riz végétarien avec François, Mike, Jéjé et Cie. Reprise du marchandage, achat et retour à sept plus le matos dans le 4×4 du Père Sonel.

Dimanche 15. Réveillés à cause des piqûres d’insectes, des cris d’animaux et d’autres raisons plus intestines, Pierre et Virginie assistent à un superbe lever de soleil (vers 5h45). A ce moment là, Mike rêve sans doute des deux messes qui auront lieu ce jour-là: des célébrations « à l’ancienne méthode salésienne », dixit Jackeline, l’une pour les enfants du patro, l’autre pour les jeunes du centre juvénile.

Lundi 16, le grand jour arrive enfin.

Il commence par une séance de sport dès… 5h30! C’est l’heure de rendez-vous devant l’arche de Fort-Liberté, à 1,5 km de la Dbtec. Au fil des jours, ça deviendra 6h. Les courageux qui y participent reviennent au centre en courant, s’étirent, puis jouent au foot, basket ou volley.

Ensuite, matinée de cours pour Christiane et Alberte à l’école d’infirmière. Patronage (« Patronat » selon Virginie!) pour les autres. Distribution de bracelets de couleur pour identifier les enfants: rose pour les 6-7 ans, turquoise pour les 8-9 et gris pour les 10-12. Cela occupe déjà une partie de la matinée. Dans une ambiance parfois survoltée, les animateurs belges et haïtiens tentent de se faire respecter à coups de OK OK…? OKAYYYY! Avec Bernadette et Jackeline, les enfants peignent une toile abstraite. Avec Mali, Tchi-tchi, Juliana, Edlin, Stanley, Josette… (côté haïtien), Thibault – tout le monde connaît son nom ici: il faut dire que ti bo, en créole, ça veut dire petit baiser -, Virginie, Nadia, Jéjé, Pierre et François, les enfants chantent Oba Obé ou jouent à chat-souris.

De son côté, Pierre-Dominique, dépanneur en tout genre, amène du matériel selon les besoins, aide le plombier à améliorer l’installation mal conçue de l’hôtel où nous logeons, fait des photos des animations et veille au timing des repas. Il s’occupe avec le Père Sonel du dossier du forage imminent de deux puits ainsi que de l’affectation (ou la construction) d’un bâtiment pour le futur centre de soins.

Mike, lui, est notre homme à tout faire : entre les réparations de serrures et la prise des tickets repas, il rafistole le squelette d’Alberte (enfin, celui de sa classe) et a assuré une greffe de bras sur le mannequin didactique de l’école d’infirmières – qui pour la petite histoire s’appelle Odile et est hermaphrodite. Alberte s’en souvient, lors d’un de ses retours en Belgique, elle a dû ramener pour réparation le sexe masculin dans sa valise, coincé entre deux bouteilles de rhum.

Vu la pauvreté dans le pays, le dîner est pour beaucoup une motivation à participer à ces animations. Et ceux qui n’y participent pas tentent leur chance en rôdant dans les parages à l’heure de midi. Comme organisateurs, on est obligés de limiter la distribution pour pouvoir donner à manger en priorité aux 350 inscrits. Mais la solidarité incite de nombreux Haïtiens à donner leurs restes aux autres. Et quand on nettoie les assiettes, il y a toujours quelqu’un pour venir demander le plat de résidus alimentaires.

Mardi 17, mercredi 18 et jeudi 19, rebelote  animations le matin, ateliers l’après-midi (musique, couture, français, anglais, cuisine, informatique…). De jour en jour, l’organisation s’améliore: des listes précises d’enfants sont établies pour former les groupes, la distribution des repas est sous contrôle et de l’eau est disponible pour les jeunes à tout moment. Les journées sont sont passionnantes, mais fatigantes et un petit Planteur est parfois nécessaire pour requinquer Christiane.

Voilà les nouvelles du front. On essaiera d’attendre moins longtemps avant de vous donner à nouveau de nos nouvelles.

Bons baisers d’Haïti,
Ou, comme on dit ici,
« Ayiti voye yon gwo bo pou nou! »