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Posted by on 31 Juil 2012 in News, Séjour Juillet 2012

Notre deuxième semaine d’animations à la DBTec

Bonjou zanmi yo,
Bonjour les amis,

Koman ou ye ?
Comment allez-vous ?

Désolé d’avoir été plus long que prévu. Ce message n’en sera que plus copieux ! Pour nous, deuxième semaine d’animations à la DBTec. Nous essayons de transmettre aux animateurs Haïtiens quelques clés pour que les deux dernières semaines de « plaine » se passent au mieux. Virginie et Jéjé ont ainsi informatisé et mis à jour les listes des jeunes participants. Objectif : résoudre le problème d’enfants qui rejoignaient une animation sans être passés par la case « appel du matin » ou même « paiement des 50 gourdes d’inscription », soit 1,25 € pour… seize matinées d’« animation + repas ». Bernadette et Jacqueline ont fabriqué de nouveaux bracelets bicolores, car les premiers étaient parfois imités, parfois donnés… Bref, ils n’étaient plus garants de grand-chose.

Au « patro », on l’a écrit, les animateurs haïtiens ont une batterie suffisante de jeux et de chants pour amuser les enfants. Mais pour tenir quatre semaines, il faut un minimum de diversité. On leur a donc fourni un stock avec quelques classiques : « Cri-cri », « Brousse ma brousse », « Fli Fla » ; le jeu coopératif du slam (tous les enfants en portent un autre à bouts de bras) ; ou quelques curiosités germanophones (le jeu Küssenfangen – bisou bisou – ou la danse asiatique avec bâtons A-I-A-I-A-I-ty)… Au bricolage, les Haïtiens ont proposé une animation « capsules de bière ». En les aplatissant avec des pierres, en les pliant et en les assemblant, les enfants ont fabriqué une petite chaise et un petit meuble TV !

En marge des activités, nous avons aidé Angelika à aménager son dispensaire, un local provisoire avec table d’examen et armoires à médicaments destiné à soigner les élèves de la DBTec et leur famille. Mais les trois premiers patients de l’infirmière de Born viennent d’ailleurs : Pierre (voir ci-après), un enfant recueilli par Thibaut qui souffrait de brûlures aux mains et un homme croisé en rue qui souffrait d’une blessure à la jambe. Angelika souhaite également développer ici un centre de médecine scolaire pour l’école Don Bosco et d’autres établissements de Fort-Liberté.

Vendredi 20 juillet, pour clôturer la première semaine d’activités, les enfants et les jeunes s’étaient rassemblés pour une « journée culturelle ». Il s’agit en fait d’une occasion de tester le nouveau matériel hi-fi : une fancy-fair saturée où, individuellement, chacun vient montrer son talent, récitation d’un poème, déhanché sur un Kompa crapuleux (la danse locale), ou interprétation d’un Céline Dion, toujours la reine des charts sur l’île.

Le week-end qui a suivi fut touristique. Le Père Sonel tient à nous montrer qu’Haïti possède des richesses et du potentiel au-delà de la pauvreté omniprésente. Samedi, au menu : la Citadelle de Milot, une forteresse gigantesque du début du XIXe siècle accessible après une marche de 7 km. Jackeline, Alberte et Nadia optent pour la montée en cheval, les autres résistent, même si des cavaliers leur tournent autour comme des vautours, guettant un moment de faiblesse pour les obliger à emprunter leur monture. Dimanche, le Père Sonel nous reçoit chez lui à Trou du Nord (le Marly-Gaumont d’Haïti) pour un barbecue et une partie de dominos, le jeu national ici. Lors du trajet, le Salésien nous fait remarquer l’abondance de végétation. Haïti n’a pas été surnommée la Perle des Antilles uniquement pour sa beauté originelle, mais aussi pour son grand potentiel agricole : « Avec un peu d’organisation et une meilleure utilisation des terres, l’Etat pourrait donner de la nourriture à tous les Haïtiens ».

Lundi matin, ceux qui espéraient faire la sourde oreille à l’appel de la gym n’ont pas pu résister. Une série de tubes « dance » genre Hits Box 2000 sont désormais diffusés à 120 db, chaque matin, dès 6h30, dans la cour de la DBTec. Si la chaleur peut-être accablante en journée, le sport dans la relative fraîcheur du matin est revigorant, assurent ses adeptes d’hier (Virginie) ou d’aujourd’hui (Nadia). Si « La Duscheiss » ne s’était pas mise avant ça au jogging, c’est parce qu’elle a d’abord dû venir à bout de ses problèmes intérieurs. Pierre l’a remplacée dans le rôle du malade du groupe avec ses boutons infectés et son dos bloqué. Il faut dire qu’il l’a bien cherché : même pour l’anniversaire de Christiane, est-ce que ça valait vraiment le coup de s’enfoncer sur les épaules un gros Mexicain pour une bataille navale ? En parlant d’anniversaire, on a aussi fêté celui d’Angelika et de Virginie entre Belges et Haïtiens avec une bonne bouffe, quelques chansons à la guitare et de langoureux Kompas…

Côté hygiène, la recherche d’une douche est un défi de pratiquement tous les jours. Dans notre bâtiment, les douches sont alimentées plus ou moins régulièrement par l’eau du puits via un réservoir installé sur le toit. Le système de tuyauterie est alambiqué et les multiples vannes ne facilitent pas les choses, surtout depuis que Thibault s’en est mêlé ;-)… Bref, quand on ouvre le robinet, c’est un peu comme dans la salle des trésors de Fort Boyard, on attend que ça tombe, et on ne gagne pas à tous les coups. Pour la toilette, même combat… quand y a pas d’eau, y a pas d’eau. Pour effacer les traces de son passage, il faut alors en chercher à la pompe, comme des milliers d’habitants. Sauf que quand on prend cinq litres, eux repartent avec un bidon de 25 litres sur la tête ou le double dans une brouette… Ce qui chez nous est basique ne l’est pas partout. En rentrant en Belgique, notre rapport à l’eau ne sera plus le même.

Pour limiter les carences d’eau, il pourrait selon nous être intéressant de collecter davantage l’eau de pluie, notamment celle qui tombe en trombes sur les toits de la DBTec en cette saison. Il faudrait un vrai système de récupération des eaux, pas seulement quelques bidons posés çà et là. Notre ASBL pourrait exiger des travaux en ce sens en contrepartie du financement du forage des deux puits.

Cette semaine, plusieurs d’entre nous, en petits groupes de trois, ont pu découvrir la maison de Jean-Paul, un jeune qui a suivi le cours d’anglais avec Pierre-Dominique, il y a deux ans. Orphelin, il se débrouille comme il peut pour survivre et financer ses études (il a 21 ans et est en 5e secondaire). Son revenu qui provient de la location de trois pièces de la maison héritée de sa mère s’élève à mille gourdes, soit 25 euros… par an ! Lui vit dans la quatrième, une petite pièce propre qui comporte un lit et quelques planches à clous au mur pour accrocher ses vêtements. Son uniforme scolaire est placé sous son matelas, pour qu’il reste bien «repassé». La balade dans son quartier pauvre de Fort-Liberté est dure, mais instructive. Ca nous change en tout cas du luxe relatif dans lequel on vit à la DBTec avec accès à l’eau finalement fréquent et trois repas par jours!

Voilà, c’est tout pour cette fois. Merci de votre attention. On vous quitte en chanson avec la version locale de Frère Jacques.

Tantan Bouki
Wap dormi
Leve pou bat tambou
Boum boum boum